Du 20 au 22 janvier se tient à l’Unité Universitaire de Cotonou de l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO-UUC) un colloque international sur l’écologie intégrale.
Du 20 au 22 janvier se tient à l’Unité Universitaire de Cotonou de l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO-UUC) un colloque international sur l’écologie intégrale. Évêques, prêtres, chercheurs, diplomates, représentants de diocèses africains, acteurs du secteur de l’environnement ainsi que des personnalités politiques se penchent sur l’urgence écologique en Afrique et dans le monde sous la férule du cardinal Fridolin Ambongo, président du SCEAM.
« L’heure est grave !», constate d’emblée Mgr Roger Houngbédji : «La maison commune souffre. Les équilibres naturels sont rompus ». L’archevêque de Cotonou et Vice-Chancelier de l’UCAO-UUC illustre ce tableau par des statistiques : « Près d’un million d’espèces sont menacées d’extinction dans les prochaines décennies ». De même, renchérit-il, « selon la FAO, environ 33% des sols de la planète sont dégradés par l’érosion, la salinisation ou la pollution chimique, ce qui compromet directement la sécurité alimentaire mondiale et les écosystèmes qui en dépendent ». Sensible à ce tableau critique, l’archidiocèse de Cotonou a lancé en mars 2023, en partenariat avec le ministère béninois du Cadre de Vie, le Programme Église Verte (PEV) qui démultiplie des activités d’éveil et de sensibilisation à l’urgence écologique. Ainsi, selon Mgr Houngbédji, l’objectif du colloque international organisé par la Fondation de l’Archidiocèse de Cotonou (FAC) et l’UCAO est d’« éclairer les consciences, rassembler les savoirs, et rappeler que la création n’est pas une possession, mais un don confié par le Créateur à notre vigilance».
En inaugurant ces assises de Cotonou en sa qualité d’invité d’honneur et de Président du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), le cardinal Fridolin Ambongo a salué « cette magnifique initiative » qu’il met en rapport avec l’encyclique Laudato Si’ du Pape François. Il a fait remarquer que « dans cette continuité, le Saint-Père Léon XIV n’a cessé de souligner que la crise écologique interroge notre manière d’habiter le monde, de produire et de transmettre ». Ainsi, l’archevêque de Kinshasa estime que « ces assises de Cotonou ne relèvent donc pas d’un simple exercice intellectuel. Elles traduisent une prise de conscience globale ».
« L’Église en Afrique ne peut pas se taire face à la surexploitation des ressources naturelles »
Donnée par Mgr Houngbédji, la conférence inaugurale de ce colloque est intitulée : « Nouvelle espérance face au péril écologique : la voix de l’Afrique. Une parole prophétique de relèvement, d’alliance et de conversion écologique ». En montrant que «la question écologique traverse toute l’Écriture, même si elle n’est pas explicitement thématisée », le bibliste en est venu à un « plaidoyer pour un rapport plus respectueux avec la création ». Dans le cadre de ce plaidoyer, il fait remarquer que « l’Afrique demeure un conservatoire vivant de sagesses immatérielles forgées bien avant la modernité industrielle, et fondées sur une éthique profonde », ce qui peut inspirer le monde dans la résolution de la crise écologique.
Mgr Houngbédji évoque plus précisément des cosmologies ancestrales cristallisant sur le continent une vision du monde où « l’homme n’est pas le maître absolu de la nature, mais plutôt son partenaire, voire son enfant ». Ainsi, «la spiritualité africaine propose une cosmothéandrie vivante dans laquelle Dieu, l’humain et le cosmos sont indissociablement liés, ce qui fait écho aux chapitres 34 et 35 d’Isaïe » et au Bénin par exemple, « des totems dans des forêts et rivières sacrées garantissent la sauvegarde de la biodiversité et la survie des espèces animales et végétales ». Alors, ajoute-t-il, « ces dispositifs jouent le rôle de véritables régulateurs des écosystèmes, souvent plus efficaces que les législations formelles pour la conservation de la biodiversité ».
En assumant, à travers une « inculturation écologique », ce potentiel culturel, l’Église en Afrique, doit, selon le président de la Conférence épiscopale du Bénin, s’engager clairement sur le chantier écologique. « La voix de l’Église en Afrique doit pouvoir s’élever, ferme et courageuse, même là où elle a peu de chances d’être écoutée » estime le prélat. Et d’ajouter : « L’Église en Afrique ne peut pas se taire face à la surexploitation des ressources naturelles, la dégradation des terres rares exploitées parfois au prix du sang des populations locales prises en otage et spoliées de leurs richesses naturelles ». De même, « nous ne pouvons pas ne pas parler quand les grandes puissances, dans une totale quiétude et au mépris de tous les accords et traités internationaux continuent d’augmenter leur volume de pollution au détriment des pays les plus pauvres qui en ressentent davantage les effets pervers ».
« Nous ne sommes pas les propriétaires de la terre; nous n’en sommes que des gardiens»
À la suite de Mgr Houngbédji, le cardinal Ambongo a lui aussi dans sa communication fait remarquer que «si l’Afrique accueille aujourd’hui ce colloque, c’est parce que notre continent porte en lui une sagesse ancienne, une relation sacrée à la terre, aux eaux, aux arbres, aux rythmes cosmologiques, un patrimoine civilisationnel à réactualiser». Mais l’archevêque de Kinshasa a surtout saisi l’opportunité pour lancer trois appels solennels. Il s’est adressé d’abord aux chercheurs et aux politiques: «À vous, chercheurs, je lance un appel: ne craignez pas de penser loin, profondément et radicalement. À vous, responsables politiques, ne craignez pas d’être courageux, savoir oser dire non et, aujourd’hui, l’environnement international n’est pas toujours en faveur de la protection de l’environnement au regard de la montée des climato-sceptiques».
Ensuite, il s’est adressé aux jeunes: «À vous jeunes –et c’est heureux que ce colloque se tiennent à l’université, une pépinière de l’avenir– ne laissez personne voler votre espérance. Vous avez le droit de rêver d’un avenir meilleur et notre rôle à nous les adultes, c’est de créer les conditions pour que demain, votre avenir soit effectivement meilleur». Enfin, il a exhorté les peuples d’Afrique dans leur diversité à un sursaut: «À vous, peuples d’Afrique, faites entendre votre voix spirituelle et civilisationnelle. Ne tremblez devant personne ; et à tous ensemble, ne trahissons pas la création confiée à notre vigilance. Nous ne sommes pas les propriétaires de la terre; nous n’en sommes que des gardiens». Ce colloque se poursuit jusqu’au 22 janvier et se décline à travers des conférences et communications relatives à la justice environnementale, la responsabilité écologique, etc., et s’achèvera par l’adoption d’une déclaration sur le label africain de l’écologie intégrale pour la survie et le bien-être de la création.
Vatican News